L'EFS fait à nouveau appel à Théâtre à la Carte...

Madame Cardeilhac répond à notre interview.

Madame Cardeilhac, notre première collaboration remonte à 2008.
Comment est née cette collaboration ?

Dans le cadre de rencontres professionnelles (des acteurs du réseau handicap d’autres entreprises), nous sommes amenés à échanger sur nos bonnes pratiques. Un jour, une chargée de mission handicap m’a parlé de théâtre d’entreprise. Comme j’avais moi-même fait appel au théâtre enteprise pour des formations, j’étais déjà sensibilisée à ce type d’outils. J’aimais l’idée d’utiliser le théâtre d’entreprise pour aborder des sujets difficiles en communication et en formation.
Dans le cadre du lancement de notre politique handicap, nous souhaitions sensibiliser les directeurs régionaux et les secrétaires généraux. En effet, la réussite d’une politique handicap dépend beaucoup de l’implication du top management dans sa mise en application. Après la phase d’appels d’offres, c’est Théâtre à la Carte qui a été choisi.


En quoi consistait notre première intervention ?
Notre objectif était de lutter contre les préjugés, les idées reçues, pour améliorer la perception du handicap. Il fallait toucher deux cibles clés dans les régions de l’EFS : les équipes dirigeantes en région, ainsi que tout le personnel des services centraux. Un public essentiellement composé de managers.

Dans le contexte d’une réunion bilan, nous souhaitions sensibiliser ces cibles à ce qu’était le handicap, grâce au théâtre et donc d’une manière étonnante. Le sujet du handicap était inscrit à l’ordre du jour, puisque nous devions dresser le bilan de la première année de la politique handicap, avec la signature de la première convention Agefiph. Nous avions également annoncé l’intervention d’une entreprise extérieure.
Nous avions décidé, avec vous, de jouer sur l’effet de surprise. Christian Poissonneau jouait le « faux manager » et il y avait un contradicteur dans la salle ; ça n’a pas semblé bizarre puisque nous avions fait appel à du personnel extérieur pour le buffet. Ca a vraiment bien fonctionné !


Quels étaient les objectifs de cette première action ?
Comme je le disais, la bonne réussite d’une politique handicap dépend beaucoup de l’implication du top management ; c’est la raison pour laquelle nous avions décidé de sensibiliser ces managers. Le top management donne le ton !
A l’EFS, la mission handicap fonctionne en réseau et le chargé de mission handicap est placé sous la responsabilité du DRH, au niveau national ; et les référents emploi handicap sous la responsabilité des DRH régionaux. Ce réseau est d’autant plus efficace que les acteurs sont sensibilisés.
Ce qui est amusant, c’est que cette première collaboration a créé une émulation en région. Quand l’une des régions aborde un sujet et rencontre du succès, les autres ont envie de suivre… C’est ainsi que l’outil théâtre d’entreprise a été réutilisé au niveau régional, notamment en Auvergne-Loire, en Ile-de-France et en Nord-de-France.
A la suite de cette réunion, beaucoup de personnes ont témoigné de leur expérience personnelle liée au handicap, se sont dites ouvertes à l’accueil d’un collaborateur handicapé… On avance !


Comment avez-vous prolongé cette action ? Qu’avez-vous mis en place, au fil du temps, pour agir et favoriser l’intégration des personnes en situation de handicap ?
Après cette première sensibilisation, nous sommes passés à l’étape de formation des parrains. Nous avions créé un réseau de tuteurs (qu’on a choisi d’appeler parrains car ce terme réflétait mieux le caractère humain de la relation) faisant partie intégrante de l’EFS, et qu’il fallait faire vivre.
Même si certains n’avaient pas encore de filleul à parainner, ces personnes étaient motivées, investies dans le handicap et pouvaient agir au quotidien auprès de leurs collègues. Il fallait ne pas perdre cette force de conviction !
Nous avons réfléchi à plusieurs modes de formation, dont le théâtre d’entreprise. La proposition de Théâtre à la Carte nous a convaincus par son côté ludique, participatif, reflétant la réalité. En effet, les saynètes reprennent des situations heureuses ou malheureuses vécues par les parrains et permettent l’effet miroir. Le fait également que la formation ait été créée sur mesure a renforcé le phénomène de reconnaissance. Le concepteur avait interviewé des parrains, recueilli des anecdotes… C’était donc complètement adapté à l’EFS et très efficace !
La formation a donc très bien fonctionné, nous avons eu de très bonnes évaluations.

En 2011, nous avons souhaité relancer le réseau handicap en organisant une journée des parrains, référents handicap et membres de CHSCT (le 26 mai dernier). Nous souhaitions vraiment associer les membres de CHCST et les référents handicap car ils sont des acteurs importants dans le maintien dans l’emploi, l’aménagement des postes, le recrutement des personnes en situation de handicap…
De plus, les délégués syndicaux centraux sont également associés depuis le début de la démarche. Ce qui est d’autant plus important qu’ils participent à la négociation de l’accord dérogatoire, dont certains points seront rectifiés en tenant compte des souhaits émis pendant cette journée. Les échanges ont donc été très fructueux.


Quelles ont été les réactions des participants lors de cette dernière intervention ?
Nous avons eu un très fort taux de participation : 64 personnes étaient présentes, alors qu’elles venaient de toutes nos antennes régionales !
Lors de cette journée, chacun a pu s’exprimer, parler librement, donner des pistes d’amélioration pour mieux fonctionner ensemble… lors d’ateliers en sous-groupes, rassemblant chacun 10 personnes de métiers différents. Les réflexions de chaque groupe ont été rapportées devant l’ensemble des participants. Il y a eu beaucoup d’écoute, de riches échanges.
Finalement, cette journée alternant des moments actifs de production et de réflexion, et des moments un peu plus ludiques, a été variée et très bien rythmée.
Les participants étaient ravis ; le Président aussi ! Ca s’est ressenti dans la journée.
J’ai entendu beaucoup « qu’est-ce qu’ils sont bons ces comédiens ! »… C’était une belle récompense !


Avec un peu de recul, quels ont été les impacts de ces sensibilisations et formations ? Quels changements avez-vous perçus et mesurés ?
Il est diffcile de mesurer l’impact de telle ou telle action. Je dirai plutôt que la politique handicap représente un faisceau d’actions (dont celles faisant appel au théâtre d’entreprise) qui s’interconnectent et font « tilt » à un moment !
Le théâtre d’entreprise est un élément très important de cet ensemble puisque c’est un outil dynamique, différent, convivival, participatif… et expressif. Quand on s’exprime, on retient toujours mieux les choses !

Nous voyons l’effet de nos actions. Quelques indicateurs en termes de chiffres :
- nombre de RQTH reccueillies depuis le lancement de notre politique handicap : 104 (dont 66 ces deux dernières années, ce qui montre une confiance de la part des collaborateurs),
- nombre de collaborateurs en situation de handicap : 258 en 2010, contre 183 en 2008 (sur un total de 9000 salariés).
Au niveau national, nous sommes passés à un taux d’emploi des personnes en situation de handicap de 2,5 à 5%. Alors qu’en 2008, nous avions 4 régions à taux 0, nous n’en avons aujourd’hui plus aucune et surtout, 5 sont au-dessus des 6% !


Où en êtes-vous aujourd’hui ? Quels sont vos projets / priorités du moment et à venir ?
Un accord dérogatoire est en préparation.
Notre Président a rappelé son réel engagement en faveur du handicap. Ce n’est pas juste une affaire de loi pour l’EFS, mais une politique volontariste fondée sur nos valeurs de solidarité et d’ouverture à autrui. Nous souhaitons donc que l'intégration du handicap dans notre quotidien devienne naturel, qu’on ne se pose plus la question. Ça doit faire partie d’une acculturation…
Notre projet est d’atteindre les 6% d’emploi de personnes handicapées, de les dépasser même !
Notre politique handicap se déploie sur plusieurs axes :

  • La communication
  • La formation
  • Le maintien dans l’emploi (nous devons être vigilents par rapport aux handicaps qui apparaissent ou s’aggravent au cours de la vie professionnelle et travailler avec la médecine du travail et le service de santé au travail)
  • La sous-traitance avec les milieux protégés

L’axe fort reste la sensibilisation du management au quotidien. D’autre part, nous souhaitons également développer l’intégration de stagiaires ou contrats d’alternance, parce que nous pensons que donner la chance à un travailleur handicapé de monter en qualifications est très important. Pour cela, nous allons développer des partenariats avec les écoles et centre de formation.


Enfin, pour conclure, pourquoi avoir choisi Théâtre à la Carte pour poursuivre votre démarche de sensibilisation et de formation ?
Je n’ai jamais été déçue par le théâtre d’entreprise. Ce mode ludique et participatif est beaucoup plus efficace et vivant qu’une réunion plenière ! C’est décalé, un peu différent de ce qu’on voit dans l’entreprise habituellement ! Mais ça plaît, ça touche les participants et permet une prise de conscience par l’émotion… ça permet surtout d’aborder des sujets sérieux, qui nous touchent, en prenant un peu de recul et de distance, en injectant de l’émotion et de l’humour…